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Bonus Famille-« Une journée pas si ordinaire »

Une famille si ordinaire

Bonus du roman Une Famille si ordinaire offert par Barjy L.

Dans la continuité du roman.

***

Tout commença quand Kyle se blessa au dos en travaillant sur une Camaro de 1968.

Une lombalgie et plusieurs semaines de convalescence plus tard, et l’ambiance entre les murs du petit appartement Leager/Ellis avait fini par joyeusement virer à l’orage.

Parce que si, au départ, Kyle avait accepté, certes un peu à contrecœur, fierté oblige, que Josiah s’occupe de lui, il eut vite fait de le trouver à la limite du supportable, étouffé par toutes ses attentions et surtout ses interdits. Josiah refusait qu’il porte quoi que ce soit de plus lourd qu’une bouteille d’eau, qu’il conduise, qu’il aille plus loin que le coin de la rue qui n’était quand même qu’à trois maisons de la leur, ce qu’il tint à préciser.

Josiah lui interdisait tout simplement de vivre, enrageait Kyle. Merde ! Il n’était pas impotent à ce qu’il sache. IL N’ETAIT PAS VIEUX !

Il mordit sur sa chique. Longtemps… Trop longtemps… À raison.

Quelques mois plus tôt, il avait fait un malaise au garage et les médecins lui avaient gentiment conseillé de ralentir la cadence, insistant beaucoup trop d’ailleurs de l’avis de Kyle, sur ses cinquante-et-un ans déjà bien entamés.

Il accepta, bon gré mal gré, de tenir compte de leurs mises en garde, et ce en grande partie pour rassurer Josiah et ses enfants.

Mais une foire aux ancêtres plus tard et ses belles résolutions furent jetées aux oubliettes sous le regard inquiet et accusateur de son amant.

En cet instant même, Kyle n’en pouvait plus. Ce n’était pas parce qu’il avait atteint la moitiée de siècle, avec ses petits maux inhérents aux années qui passaient, qu’il devait pour autant se comporter comme un vieux schnock proche de la retraite.

Après des jours et des jours de tension, et pour la première fois depuis qu’ils étaient en couple, une violente dispute éclata entre les deux hommes. Les insultes fusèrent, dures et blessantes. Kyle, acculé dans ses derniers retranchements par un Josiah qui refusait obstinément de plier, finit par claquer la porte sur un :  » Va te faire foutre, connard  » et ne donna plus signe de vie de la journée.

Quand en fin de soirée, il se décida enfin à rentrer, ce fut pour retrouver Josiah recroquevillé sur le canapé où il avait fini par s’endormir, rongé par l’angoisse.

Kyle pouvait noter sur son visage toutes les marques de l’épuisement. Josiah avait tout pris en charge depuis son accident et sa maladie ; ça, en plus du caractère de cochon patenté du patient infernal qu’il avait été. Kyle se pinça l’arête du nez, dépité. Il s’était comporté comme le dernier des crétins.

Tout cela parce que le cap du demi-siècle l’avait miné bien plus qu’il ne l’aurait imaginé et avait fini par peser indéniablement dans la balance. Si Josiah avait passé ses cinquante ans en fêtant ça dignement quelques années plus tôt et, depuis, l’assumait totalement, Kyle, lui, l’avait plutôt mal vécu et le vivait encore mal aujourd’hui. Il détestait ne plus avoir la maîtrise sur son corps.

La seule chose, en ce maudit jour, qui l’avait aidé à avaler la pilule avait été le cadeau de Jewel, qui lors du mariage de son frère les avait filmés, lui et Josiah, et en avait fait un montage qui l’avait d’ailleurs beaucoup touché. De même qu’une bouteille de Glenfiddish de douze ans d’âge offerte par Reginald et une sacrée nuit blanche, merci Josiah.

.

Kyle s’assit sur la table basse face au canapé et soupira.

 » Quel con ! » se fustigea-t-il en posant sa main avec tendresse sur la joue râpeuse de son amant qui gémit dans son sommeil.

Kyle sourit et glissa sa main dans les cheveux bruns ébouriffés, admirant les reflets gris qui les parsemaient. Il la retira quand deux yeux d’un bleu profond plongèrent dans les siens.

 » Kyle », d’une voix rauque brisée par la fatigue.

 » Je te demande pardon », tête basse, mains se tordant d’embarras sur ses genoux.

 » Où étais-tu ? J’étais mort d’inquiétude… J’ai téléphoné partout, mais… »

 » J’étais chez Kimo  » le coupa-t-il sans oser le fixer.  » Je…J’avais besoin de lui parler. »

 » Kimo ? « , en se redressant, les traits chiffonnés.

 » Je lui ai demandé de reprendre le garage » lâcha-t-il abruptement.

 » Kyle… Mais enfin… Pourquoi ? « , en lui prenant le visage en coupe.

 » C’était la meilleure solution… Je dois me faire à… à l’idée que… Oh putain », en se passant la main sur la nuque. « Je n’ai plus vingt ans J. et j’ai pas envie de tout perdre parce que je refuse de l’accepter « 

 » Tout perdre ? » répéta Josiah en tiquant.

 » Toi « , dans un murmure, en fermant les yeux.

 » Imbécile » murmura-t-il en resserrant sa prise.  » Tu ne me perdras jamais, je pensais que tu l’avais compris depuis tout ce temps… Tu te débarrasseras pas de moi aussi facilement »

 » Je t’ai fait vivre un enfer ces dernières semaines », rouvrant les paupières en glissant l’une de ses mains sur celle de Josiah.

 » J’ai eu mes torts aussi, mais… », en laissant retomber son front contre le sien.  » S’il devait t’arriver quelque chose, je…je ne pourrai pas, Kyle… Pas sans toi… Tu comprends ? « 

 » Je… Je sais « , en glissant sa main sur la joue de son amant, soulignant du pouce les quelques rides autour de ses yeux.  » Je m’excuse de t’avoir gueulé dessus ce matin « , cachant mal sa détresse.

Josiah chassa les mots d’un geste vague de la tête.

 » Pour le garage ? » relança-t-il, en s’écartant.  » Tu… Tu l’as réellement cédé à Kimo ? Kyle, ce…ce garage, c’est toute ta vie… Tu peux pas tout abandonner, tu vas devenir fou à tourner entre quatre murs « 

 » J’ai pas dit que j’abandonnais… Je vais continuer à y travailler, mais comme simple associé… Kimo n’a jamais aimé le côté administratif, la gestion des stocks, le co-voiturage et tous ces trucs-là… Je peux le faire… Ça sera moins physique et…et puis il en avait marre de son boulot chez Ford, ça tombait bi… « 

 » Je t’aime » l’interrompit Josiah en l’embrassant.

 » Je l’espère bien » répliqua Kyle, taquin.

Ce fut à ce moment-là que Josiah nota la boîte sur le sol et l’étrange bruit qui en provenait.

 » Kyle ? « , en l’interrogeant du regard, passant de celui-ci au carton.

 » J’me suis dit que… », en prenant la boîte.  » Ouvre », en la lui tendant avec maladresse.

Josiah la saisit, un peu sur la réserve et la déposa sur ses cuisses, passant une dernière fois de Kyle à la boîte.

 » T’attends quoi ? Qu’il pleuve des grenouilles ? « , en lui souriant avec tendresse.

Josiah obtempéra.

 » Kyle », le regard s’illuminant.  » C’est…C’est pour moi ?  » bredouilla-t-il, ému.

 » Non, je pensais l’offrir aux voisins, mais bon, si ça te plaît pas, ça peut toujours se faire », avec une pointe d’ironie dans la voix.

 » Il est magnifique « .

 » Elle  » le corrigea-t-il.

 » Pourquoi ? « , en retirant la petite boule de poils de la boîte.

 » Parce que tu me bassines depuis des années pour avoir un nouvel animal de compagnie et qu’un chiens après Apache, c’était hors de question. Et puis je sais que tu les adores ces foutues bestioles », en pointant les poils noirs sur les genoux de Josiah.

 » Elle est magnifique… Mais je croyais que tu n’aimais pas les chats ? « , dubitatif.

 » C’est le cas, mais bon… », en ébouriffant la petite tête qui le fixait de ses grands yeux verts.  » Elle a une chouette bouille, et puis je te devais bien ça « , en souriant au chaton qui se mit à bailler.

 » Tu ne me dois rien « , en se penchant pour l’embrasser furtivement.  » Mais merci quand même « , en caressant doucement la nouvelle arrivée.

 » Par contre, j’ai pas eu le temps de lui trouver un nom. Kimo me l’a fourré dans les pattes sans… »

 » Kimo ? « .

 » Bah sa chatte a fricotté avec le matou du quartier, il lui restait deux p’tits et… Bah…voila quoi… », en se grattant la mâchoire, visiblement mal à l’aise.

 » Depuis quand ? « , suspicieux.

 » Hein ? « .

 » Depuis quand tu manigances tout ça ? Ce chat est sevré, c’est évident et tu… Kimo, ça fait des mois qu’on n’a plus eu de nouvelles de lui. Alors ? « , en s’enfonçant dans le canapé, le chat entre les mains.

 » Mais… je…C’était pas prévu… », en rougissant, ôtant des cuissses de Josiah la boite à présent vide.

 » Pris en flagrant délit de mensonge » répliqua celui-ci en lui pointant ses joues rosies.

 » Oh c’est bon  » maugréa Kyle en balançant les mains dans le vide.  » Deux mois, ça te va ! « , en croisant les bras.

 » Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? « , en tiquant.

 » Parce que je m’étais pas encore totalement décidé et que ce matin… Bah, c’était ce matin, quoi… », sur la défensive.

 » Je vois « , en souriant, un rien moqueur.

 » Je t’interdis de te foutre de ma gueule » se renfrogna-t-il.

 » Je me fous pas de ta gueule Kyle… Je… Merci « , en observant le chat qui s’était roulé en boule contre son bas-ventre.  » Pour tout « .

 » Oui bon, mais t’attends pas à ce que je finisse avec des charentaises aux pieds non plus, hein ! » grommela-t-il.

 » Elle ronronne  » s’émerveilla soudain Josiah, bleu plongé dans le vert qui lui faisait face.

 » C’est un chat, je te signale » balança Kyle d’une voix blasée en le rejoignant sur le canapé.

 » Je vais l’appeler Blaze », après quelques instants de réflexion.

 » Tu es certain de toi ? « , en s’appuyant contre lui, menton sur son épaule.

 » Oui « , le regard perdu dans un lointain souvenir.

 » Alors… Va pour Blaze », en la caressant.

 » Elle a tes yeux  » nota Josiah, amusé.

 » La digne fille de son père  » répliqua Kyle en nouant leurs doigts.

 » Ça promet « , en étouffant un rire.

 » Je vais chercher le matos dans la bagnole « , en lâchant sa main pour se lever, un peu raide.

 » Le matos ? « , en tiquant.

 » Un bac à chat, la litière, la bouffe et un truc pour faire ses griffes… Parce que, figure-toi que je tiens pas spécialement à ce qu’elle les fasse sur le canapé « .

 » Elle dort  » soupira d’aise Josiah, l’ignorant royalement.

 » Misère » souffla Kyle en roulant des yeux.  » Ça promet « .

Au moment où il allait atteindre la porte, le téléphone fixe sonna.

 » Tu veux bien décrocher ?  » le supplia Josiah en déplaçant doucement Blaze.

 » Ça commence  » soupira-t-il en se dirigeant vers le petit meuble d’appoint.

 » Oui allô ! « , dos au canapé.  » Quoi ? « , d’une voix blanche qui alerta aussitôt Josiah.

 » Quand ? Où ? « , les épaules s’affaissant.

Josiah se leva d’un bond pour le rejoindre.

 » Kyle ? « , paniqué.

 » On… On arrive tout de suite « , la voix tremblante.

 » Kyle… Réponds-moi « , n’osant s’avancer plus loin.

 » C’était…C’était Chad  » bafouilla-t-il.

 » Chad ? « , en pâlissant.

 » Lindsay a perdu les eaux « , en se retournant, les yeux embrumés.  » Je… Je vais être grand-père… Merde « , pris par l’émotion.

 » Quoi ? Mais… Je… Mais c’est trop tôt  » paniqua de plus belle Josiah.

 » Tout va très bien… Il me l’a assuré « , en lui prenant le visage en coupe.  » On va être grands-pères… Grands-pères, J. « , les larmes aux yeux.

 » Grands-pères ?  » répéta celui-ci, perdu entre joie et stupéfaction.

 » Putain… Ce que je t’aime  » rit Kyle, en l’embrassant.  » C’est le plus beau jour de ma vie », en l’attrapant pour le serrer dans ses bras comme un fou furieux.

Ce soir-là, Blaze resta seule, endormie dans ce canapé qu’elle ne quittera jamais et sur lequel elle ne fera jamais ses griffes.

Seule, parce qu’en ce jeudi 18 septembre, à 1 heures 52 du matin, naquit une petite fille répondant au doux nom de Sarah Clara Leager.

La maman et le bébé se portent bien… On n’en dira pas autant du papa et des deux grands-pères.

The end

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