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Un Jour, toi aussi

« Un Jour, toi aussi »

Cela faisait bientôt sept mois que Kyle et Josiah vivaient en couple… Sept mois faits de haut et parfois de bas, parce que Kyle avait encore des moments de doute et que Josiah avait maintenant plus de mal à les gérer.

Mais ils s’aimaient, d’un amour sincère et profond, incapables de vivre l’un sans l’autre, et ce s’ils voulaient être honnêtes, depuis le premier jour de leur rencontre, quand tout n’était encore qu’amitié pour l’un et amour silencieux pour l’autre.

Josiah avait regardé Kyle et Clara s’aimer durant toutes ces années. Il leur était attaché. Viscéralement. Il les trouvait beaux dans cet amour unique qu’ils partageaient.

Clara riait toujours devant les aveux de Josiah et, tout en glissant sa main sur sa joue, elle lui répondait à chaque fois :

« Un jour, toi aussi », en lui posant un baiser furtif sur les lèvres comme elle le faisait souvent avec cet homme qui était à la fois son ami et son frère… Sa moitié d’âme.

Elle avait compris depuis le premier regard ce qu’il ressentait pour Kyle mais n’avait rien dit, ne sachant pas vraiment quel mot écrire sur l’étrange amitié qui s’était nouée entre son mari et son ami.

Peu après la naissance de Jewel, elle finit par oser lui poser la question, sans jugement ni jalousie aucune, juste pour comprendre. Parce qu’elle avait besoin de l’entendre le lui dire. Besoin de cette certitude.

Elle allaitait la petite et lui la regardait faire, sourire presque invisible sur son visage impassible. Distrait, l’esprit loin, tout en étant présent.

« Tu l’aimes, n’est-ce pas ? », en écartant Jewel de son sein.

« Pardon ? », surpris dans ses pensées.

« Kyle ».

« C’est mon meilleur ami… Bien sûr que je l’aime » bafouilla Josiah, visiblement perdu.

« Je ne parle pas de cet amour-là, Josiah », croisant son regard.

« Mais enfin, Clara, avec quoi tu viens et qu’est-ce que tu vas encore t’imaginer ? », essayant de paraître léger tout en se levant de table. « Tu devrais faire taire tes hormones », en riant et se servant un café.

« Il tient énormément à toi, tu sais et je… je tiens énormément à toi aussi » l’interrompit-elle avec un fin sourire sur les lèvres, s’amusant de la gêne de son ami sans s’en moquer pour autant.

« Moi…je… Moi aussi, Clara ».

« J’aime à penser qu’il y aura toujours quelqu’un pour veiller sur lui… sur eux… J’aime à penser que ce quelqu’un, ce sera toi », semblant se parler à elle-même.

« Tu seras toujours là pour lui, Clara, tu veilleras sur lui comme tu le fais depuis votre première rencontre.Tu es sa raison de vivre. Il ne parle et ne vit que pour toi et les enfants, il ne vit qu’à travers vous. Il t’aime Clara, de la plus belle des manières qui soit, il t’aime à en mourir. Rien ne pourra jamais vous séparer, vous êtes fait l’un pour l’autre. Il est et tu es sa moitié d’âme ».

« Je sais… Il est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Je l’aime tellement et je l’aimerais même au-delà, il est l’homme qui m’a donnée vie et celui qui m’a donnée la vie. Deux fois », en regardant Jewel.

« Clara ? » s’inquiéta Josiah.

« Ne fais pas attention… J’ai juste fait un cauchemar cette nuit, ça m’a poursuivie toute la matinée », sa fille s’endormant dans ses bras. « Tu y étais et tu me disais que tout irait bien, que tu ne les abandonnerais jamais », en le regardant avec tendresse.

« Clara », en s’agenouillant à ses côtés, main sur son bras, yeux plongés dans les siens.

« Promets-moi d’être toujours là pour eux » le supplia-t-elle.

« Mais enfin, Clara… Je… »

Elle posa son index sur ses lèvres.

« Promets-le-moi, Josiah ».

« Je n’aime pas la tournure que prend cette conversation », en détournant les yeux sur Jewel.

« J’ai juste besoin de le savoir… Je n’ai pas l’intention de mourir demain, tu sais », en riant. « Ne t’inquiète pas, tu n’auras pas à lui changer ses couches… » continua-t-elle devant le silence de son ami.

Mais Josiah ne trouva pas cette plaisanterie de bon goût, elle lui avait fait mal, elle lui avait serré le cœur et Clara sentit son front se caler sur son bras comme s’il cherchait à fusionner avec elle.

Elle passa sa main dans ses cheveux éternellement en bataille.

« Je t’aime tellement, Josiah… Parfois je me dis que nous sommes comme des âmes jumelles unies à travers les siècles, destinées à toujours se retrouver ».

« Tais-toi, Clara, j’ai horreur de t’entendre parler comme ça… Ça suffit ! », glacial.

« C’est une simple discussion, Josiah… Rien d’autre… Je voulais juste savoir parce que la vie, parfois… », sourire un peu triste.

Il soupira après quelques secondes, cédant.

« Oui », en baissant la tête.

« Oui, tu l’aimes ou oui, tu me le promets ? ».

« Oui » finit-il par répéter et elle ne sut jamais à quelle question il avait répondu.

Les deux probablement.

« Merci », en retirant sa main, sachant qu’il n’en dirait pas plus.

Elle lui caressa doucement la pommette du bout du doigt.

« Tu m’as tellement manqué toutes ces années où tu étais là-bas ».

« Toi aussi… J’aurais voulu avoir la force de t’appeler… La force de renoncer à lui », en lui attrapant la main et la serrant dans la sienne.

« Il faut croire que c’était écrit ».

« Quoi, d’aimer sans espoir ? » répliqua, Josiah, dépité.

« Michael ne t’aimait pas, nous oui et… et Kyle… Kyle, il tient à toi… Parfois il m’arrive même d’envier votre lien si particulier ».

« Il n’a rien de particulier, Clara… On est juste amis », en se redressant.

« Vraiment ? », dans un fin sourire.

« Il t’aime. Il n’aimera jamais que toi… Tu es sa lumière, il est la tienne ».

« C’est joliment dit » répondit-elle.

« Tu ne le savais pas ? Je suis poète à mes heures… Il n’y a pas que toi qui aimes à te perdre dans les métaphores »

Un court silence.

« Je ne remercierais jamais assez le ciel de t’avoir mis sur ma route… Mon ange à moi » relança Clara.

« Je te rappelle que c’est toi qui m’as sauvé de la perdition » répondit-il en lui faisant un clin d’œil. « Sur ce, j’y vais, Reggie m’attend », voulant fuir ce sentiment de malaise grandissant qui lui bouffait les entrailles.

« Dis-lui qu’on vous attend tous les deux dimanche ».

« Je le lui dirai », en se penchant et l’embrassant sur le front, plus fort et plus longtemps qu’à l’accoutumée. « Je passerai vendredi en fin d’après-midi ».

« Téléphone avant… C’est tellement loin vendredi ».

« Promis », en quittant la cuisine.

Elle s’enfonça dans sa chaise en regardant Jewel.

Elle n’avait pas dit à Josiah que dans son rêve, elle mourrait… Que dans son rêve, elle le voyait relever Kyle… Porter ses enfants dans leurs douleurs.

« Un jour, toi aussi parce que tu le mérites et que j’y veillerai », en se levant pour aller coucher sa fille.

Fin

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