Forbidden – Broché

Forbidden

Sheily Larash

Collection Reality
Genre : Young Adult

Parution octobre 2017
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Prix : 16,90 € Prix Public TTC

Résumé

Forbidden – Sheily Larash

Forbidden, c’est l’histoire de deux mondes qui n’auraient jamais dû entrer en collision. Hakeem, l’adolescent de Gaza, a connu la guerre, l’angoisse, la peur des lendemains, les proches qui meurent sous les bombes. Ben, lui, ne connaît de la vie que la cage dorée dans laquelle l’enferme son père, jour après jour. Élève modèle, frère exemplaire, comment réagir lorsque Hakeem débarque dans son existence aux petites cases bien établies, traînant dans son paquetage toute la rage d’une enfance volée, d’une vie déracinée ?

Ensemble, ils apprivoiseront le sens du mot différence, mais aussi celui de la fraternité, et finalement celui de l’attirance. L’histoire d’un garçon détruit et d’un gosse de riche. De deux opposés que rien ne prédestinait à s’attirer. Forbidden, ou quand les chemins tortueux de deux adolescents se croisent.

Chapitre 1

Quand vous aurez vu ce à quoi j’ai été confronté, vos problèmes deviendront des bobos.

Hakeem

J-4

 

Une odeur nauséabonde, mélange de pneus brûlés et d’urine, des humiliations quotidiennes et des murs ensanglantés, c’est comme ça que je résumerais ma vie à Kafr Qaddum. En seize ans d’existence, je n’ai jamais pu ressentir ce qu’on éprouve en étant libre. Mais dans quatre jours, peut-être que je le saurai enfin. Je n’arrive pas à croire que je vais quitter la Cisjordanie avec ma mère et laisser derrière moi la tombe de mon père, mon unique amie et mes quelques souvenirs.

Et tout ça pour quoi ? Pour partir vers un continent occupé par des feignants qui ne savent rien faire d’autre que surfer et bronzer, puis ouvrir leurs bouches quand il ne faut pas. J’ai nommé l’Australie, bien sûr. Pourquoi ma mère s’est-elle entichée de ce Rolland, un étranger qui plus est ? Déjà, je suis choqué de voir que certains pensent encore que l’amour peut se trouver en ligne, ensuite je n’ai pas du tout envie de devoir vivre dans une maison bourrée de faces de craie, de devoir manger des plats d’Occidentaux, de me comporter comme un Occidental.

D’un autre côté, je suis soulagé de pouvoir quitter mon quotidien. J’ai envie de découvrir le parfum de l’air pur, de mettre un sentiment sur le mot « liberté » et de réapprendre à vivre. Et à croire en quelque chose. Et, qui sait, je parviendrai peut-être à montrer à Papa que je suis capable de devenir un homme, un vrai, comme il le disait. Celui qui a soif de savoir, qui se montre juste, bon et tolérant.

Je vais avoir bien du mal à être tolérant envers des gens que je déteste, même si ma haine envers les Occidentaux ne s’explique pas. Il n’y a rien à prouver, les faits sont là. Ce qui se passe entre l’Israël et la Palestine n’aurait jamais existé s’ils n’étaient pas venus se mêler de ce qui ne les regarde pas. Je les déteste. Mais ma mère a décidé que nous partirions. Étant le seul membre de ma famille qu’il me reste sur cette planète, je la suivrai jusqu’au bout du monde, même si je sais que nous nous jetons dans la gueule du loup.

J’ai toujours trouvé qu’écrire un journal intime était un passe-temps typiquement occidental. Les gens de ces pays-là aiment voir la vie en rose, ils vomissent des arcs-en-ciel à longueur de journée et passent leur temps à critiquer la société sans jamais se bouger le cul pour que les choses changent. Par contre, quand il s’agit de se mêler des histoires des autres, ils ne se gênent pas pour venir foutre la merde et repartir aussi vite qu’ils sont arrivés. Ce sont des hypocrites, si je devais les définir en un mot.

Entre un pays en guerre et un territoire bourré de types que je ne connais pas mais que je déteste déjà, je ne me sens pas gâté. J’ai l’habitude au fond. La vie ne m’a jamais fait de cadeaux, elle m’a forcé à observer les pires abominations, puis m’a volé mon père pour l’emmener au ciel. Et surtout elle s’est permise de rendre ma mère niaise et naïve. Sérieusement, un Australien ? Pourquoi pas un Américain tant qu’on y est ?

Je flippe à l’idée de devoir changer d’équilibre de vie, de devoir passer d’une relation complice avec ma mère à une grande famille ; d’une espèce de taudis qui menace de s’effondrer à tout moment, à une grande et belle villa. Je ne sais pas si j’aurai le courage de résister à l’envie de me tirer une balle ou de buter tout le monde lorsque je serai arrivé là-bas.

J-1

Mes affaires sont prêtes et tiennent dans une valise à moitié vide. Quelques vêtements, mes précieux livres, les bijoux de mon père et une photo abîmée. Voilà ce qu’il me reste. Le mal a emporté tout le reste au cours d’un incendie dont moi et ma mère sommes rescapés.

Maman a placé nos sacs dans un coin vide de ce que j’ose appeler notre maison et pendant qu’elle le faisait, ses yeux brillaient d’excitation et d’impatience. Elle paraissait pour la première fois depuis si longtemps… vivante.

Alors que moi, c’est tout le contraire. J’ai dû faire mes adieux à Aicha, ma seule amie. Elle s’est jetée dans mes bras en pleurant, m’a promis un tas de trucs qu’elle ne fera jamais avant de me donner sa vieille écharpe rouge, pour que je me souvienne d’elle. Après ça, elle a tourné les talons et j’ai su que pour nous, c’était fini.

Aicha et ma mère sont les seules qui me persuadent de continuer à vivre, ce sont les uniques femmes que je puisse aimer, car elles comprennent mes différences. Sans leur soutien et celui de mon père, je suis persuadé que je ne serais plus de ce monde. Parce que j’aime les garçons et ce n’est pas le genre de chose à hurler dans la rue, surtout du côté de chez moi.

 

Rolland a deux fils. Everett, quatorze ans, un morveux que j’imagine chiant et geek. Quant à l’aîné, Benjy, il a seize ans. Si je m’en tiens aux photos, ce dernier m’a l’air aussi ennuyeux qu’une émission de télé-réalité sur une chaîne dédiée aux ados. Malheureusement pour moi, je devrai cohabiter avec lui pour une durée indéterminée, jusqu’à ce que ma chambre ne soit plus en travaux. J’ose espérer qu’il fermera sa bouche et me laissera dormir en paix. Je ne veux pas me lier d’amitié avec un Occidental, je n’ai même pas envie de dépenser ma salive pour ces types. Ils me dégoûtent.

***

— Hakeem, il faut se lever, chuchote une voix douce à mon oreille.

Je dors sur le sol, le dos douloureux, le corps drapé d’un simple tissu troué. Je ne sais pas quelle heure il est, mais je sais pourquoi je me réveille. C’est l’heure du grand départ, du grand saut vers l’inconnu. Rolland a financé tout le voyage : les billets pour l’aéroport et le trajet jusqu’à Amman d’où l’avion va décoller. J’ai du mal à accepter l’aide de ce pauvre type que je déteste et je suis triste de voir que ma mère oublie si vite mon père pour un homme aux yeux aussi menaçants qu’une nuit sans étoiles.

— Je suis prêt dans cinq minutes, marmonné-je en réponse à ma mère pour qu’elle me fiche enfin la paix.

Je coiffe mes dreadlocks en les ramenant simplement en arrière, le cœur battant à cent à l’heure. Il fait sombre dehors. Pour la dernière fois, je respire cet air lourd, sec, écœurant.

Jour J

On est enfin dans l’avion. Je suis fatigué du précédent trajet en bus. Le chemin était poussiéreux et plein de bosses, maintenant j’ai le dos en compote. J’essaie de me relaxer, calé dans mon siège et c’est dur. J’ai presque le nez collé au hublot tandis que je regarde les étoiles briller dans le ciel. L’avion décolle dans sept minutes. À 22 heures 24. Je n’oublierai jamais cette heure, car elle signe la fin de mon ancienne vie et le début d’une nouvelle. J’ignore, au fond, si elle sera pire ou meilleure. Je peux parier qu’elle sera pire, mais bon, je peux toujours avoir des surprises.

J’ai envie de devenir l’homme dont Papa rêvait. L’Australie est un bon moyen pour moi d’y parvenir. Je veux que mon père soit fier de moi, et ce soir qui plus est, je le sais, il me regarde. Son âme est une étoile dans le ciel, elle veille sur moi. Il brille fort dans la nuit noire. Sa lumière éclaire le chemin de mon avenir et sa puissance chasse tous mes doutes l’espace d’un instant. Tant que mon père est là pour me protéger, tout ira bien, je survivrai. Avec lui, je suis intouchable.

 

Ceux qui se pensent intouchables,

Sont les plus vulnérables.

 

Référence

Auteur Sheily Larash
Format Broché 148*210
Pagination 262 pages
ISBN 9782375210383