Aliento de vida – Semi-Broché

Aliento de vida

Mayday MC

Collection Mixed
Genre : romance Contemporaine

Paru le 25/05/2018
Acheter sur la boutique

Prix : 13,00 € Prix Public TTC

Résumé

Aliento de vida

Dans le brouhaha cosmopolite de la capitale péruvienne, Juan est l’archétype du parfait célibataire, enfermé dans une routine qui peine à se substituer à ses désirs les plus profonds. Entre sexe, boulot, jogging et boîtes de nuit, il cherche l’étincelle qui lui redonnera le goût de vivre.
Déçu par sa dernière relation, il enchaîne les aventures sans lendemain avec des femmes et des hommes qu’il ne connaît pas, ou peu. Puis un jour, au détour d’une exposition où il ne pensait trouver qu’ennui, il rencontre Atawanka et c’est la foudre qui s’abat sur lui.
Malheureusement pour Juan, rien n’est jamais simple. Atawanka est un Quechua, descendant direct de l’ancienne civilisation inca… et c’est aussi un homme. Or le Pérou porte encore aujourd’hui la marque de longs siècles de discriminations ethniques et sexuelles.
Freiné par les déceptions passées, Atawanka se montre froid et méfiant, réticent à s’engager avec un homme d’origine espagnole. Il faudra de la persévérance à Juan pour surmonter les réticences du bel Indien. Tout autant que du courage afin de se remettre en question pour espérer séduire l’homme qui, il en est sûr, tient son bonheur au creux de sa main.

Chapitre 1

J’ai parfois l’impression que mon cœur se déchire lentement. Douloureusement. Pourtant, je ne peux pas faire grand-chose pour y remédier.

À vrai dire, j’aimerais que tu sois là. Que tu me parles. Que tu me prennes dans tes bras en me glissant à l’oreille les mots dont j’ai besoin.

Mais tout n’est que vide.

Néant émotionnel.

Échec sidéral.

Alors je me regarde dans ce miroir à l’éclat brisé. Aussi terne que ma vie. Même mes yeux, autrefois si vifs, si clairs, si lumineux, ne reflètent plus rien. Mon teint est de plus en plus pâle. Je devrais sans doute songer à me colorer les cheveux en blond. Leur couleur sombre ne fait que renforcer l’aspect blafard de mon visage fatigué.

Assis à côté de moi, sur le sol et en silence, Julio, mon compagnon à quatre pattes, m’observe dans ce manège quotidien. Une routine amère qui me rappelle à quel point il est facile de tout envoyer en l’air, mais difficile de reconstruire derrière. Pourtant, j’essaye. Je sors, je vis, je n’ai pas à me plaindre de mes amis, encore moins de mon cadre de vie, dans le quartier le plus touristique et ouvert d’esprit de la capitale péruvienne. Il n’en reste pas moins que je suis en pleine reconstruction de moi-même, paroles de médecin à l’appui.

Je suppose que ceci explique cela.

Mon regard se pose sur la boîte de médicaments, délaissée dans un coin. Je me félicite d’avoir réussi à m’en passer, mais j’ai besoin de savoir qu’elle est là, non loin de moi. Juste au cas où…

« Viens là ! »

J’ai parlé doucement, mais Julio m’écoute et me suit. Ce petit Carlin est certainement, aujourd’hui, ce qui compte le plus dans ma vie. Il est plein d’amour, toujours de bonne humeur, et il me force à sortir de chez moi lorsqu’il arrive que je me morfonde un peu trop. J’attrape sa laisse pour la glisser dans mon sac. En claquant la porte d’entrée, j’aperçois le bouton rouge vif indiquant un ascenseur éternellement en panne. Tant pis. De toute façon, un peu plus ou un peu moins, ça ne changera rien à ma matinée sportive. Le parc n’est pas loin et, à peine arrivé, j’entame la longue et douloureuse course vers le bonheur.

La piste me permet de longer l’océan qui s’étend en contrebas, dans le somptueux paysage de falaises noires typiques du quartier de Miraflores. Les touristes viennent du monde entier pour parcourir cette promenade en photographiant le Pacifique, puis dégustant des churros dans le Parc de l’Amour. De l’autre côté de cette piste piétonne, derrière les arbres, la vie suit son cours dans les rues bruyantes et animées.

Mes jambes me portent sans même que je m’en rende compte.

Mes pieds foulent le sol tantôt avec douceur, tantôt avec fureur.

Mon compagnon suit le rythme sans broncher, habitué à nos escapades. Une sensation d’apaisement gagne progressivement chacun de mes muscles jusqu’à mon cerveau. L’océan scintille à ma droite. Les arbres me réconfortent à ma gauche, m’offrant un refuge derrière les barres d’immeubles longeant la côte. Je poursuis ma route sur la piste toute tracée et croise sur mon chemin quelques individus aussi timbrés que moi. Comme s’ils n’avaient que ça à faire de leur temps libre : courir.

C’est certainement l’activité la plus ennuyeuse du monde. Qui peut réellement aimer courir ? Moi-même, je n’aime pas. J’ai commencé par nécessité, je poursuis par habitude. Ça me procure un tel sentiment de bien-être que j’en suis devenu dépendant. Je suppose que cela vaut toujours mieux qu’une autre addiction.

J’accélère l’allure. Le soleil commence à cogner sur mon dos, tandis que le froid me glace le souffle. Je sais où je vais, mais pourtant, je ne le sais pas vraiment.

Je cours comme si ma vie en dépendait.

Je cours comme si j’avais la Faucheuse aux trousses.

Et je continue ainsi, laissant la sueur couler le long de mon corps, comme si chaque goutte de transpiration me permettait d’évacuer un à un les problèmes de mon quotidien d’une morosité sans nom.

Mes pas me mènent jusqu’au phare blanc et bleu. Là, je stoppe ma course. Je m’approche de la barrière censée m’empêcher une mauvaise chute du haut de la falaise.

« Excusez-moi, est-ce que vous pourriez nous prendre en photo, s’il vous plaît ? »

Je me retourne sur un jeune couple d’Européens, un appareil photo tendu dans ma direction. L’accent de la jeune femme est très mignon. Ils sont beaux tous les deux. Ils ont l’air amoureux.

« Oui, bien sûr ! »

Je récupère l’appareil en souriant et les photographie devant l’océan. Ils arborent un sourire rayonnant, font coucou à l’objectif, s’embrassent. Je prends sur moi et ne dis rien. Après tout, ils sont heureux et ont raison de l’être. Peut-être est-ce leur lune de miel ? Je n’ose pas demander. Quoi qu’il en soit, ils ne m’en laissent guère le temps une fois les poses terminées.

« Merci beaucoup ! »

Et ils s’éloignent avec un dernier signe d’au revoir. Me revoilà seul, devant cette barrière, face à l’horizon. Julio surveille les oiseaux qui se promènent non loin de nous. Des adolescents s’essaient aux figures de haute voltige sur un vieux skateboard. Les entendre rire me fait apprécier ce moment.

Le vent me fouette le visage, me rappelant que je suis en vie.

Encore. Au moins un peu.

Je reste planté là, comme à chaque fois.

Mes yeux se perdent dans le Pacifique.

Ma respiration reprend un rythme normal.

Les oiseaux tourbillonnent au-dessus de ma tête.

Oui, je suis vivant. Je le sens dans mes veines, dans mes muscles douloureux, dans le froid qui s’engouffre sous mes vêtements. Je suis vivant.

***

« À demain, Juan ! »

Je referme doucement la porte de l’agence touristique derrière moi, accompagnant mon départ d’un amical signe de la main. Mes collègues sont sans aucun doute les jeunes femmes les plus agréables au monde. Ou, au moins, celles de mon entourage. Leur fraîcheur me met du baume au cœur chaque matin. Leurs voix mélodieuses résonnent tous les jours dans ma tête, mes heures de travail sont agrémentées de leurs rires et de leur bonne humeur. En leur compagnie, je frôle parfois l’amnésie sélective, comme si ma vie reprenait des couleurs. Pourtant, j’ai l’impression de n’être qu’un automate. Un robot sans âme ni sentiments. Mes journées sont rythmées par une routine dans laquelle je me sens bien, mais qui laisse peu de place à l’aventure. Bien loin de mon ancienne vie, cela va sans dire. Je n’ai plus vraiment le temps d’aller crapahuter dans les Andes.

Le brouhaha qui s’élève des rues de la capitale péruvienne me donne constamment des migraines. À peine sorti de l’agence, je me fonds dans la masse, me faufilant au milieu de tout ce monde dans les grandes artères de la ville. J’ai la chance de ne pas avoir les yeux bleus, alors la luminosité ne me dérange pas. Toutefois, je ne peux m’empêcher de sortir mes dernières lunettes de soleil à la mode. Mon goût pour le stylisme et l’art en général est certainement mon plus gros défaut. Le plus grand risque que je prends. Ce qui pourrait me faire tomber, je le sais. À vouloir être trop vu, on finit par l’être véritablement.

Combien de fois déjà m’a-t-on reproché de porter trop d’attention à mon look ? Comme si prendre soin de soi laissait immédiatement supposer une attirance peu avouable pour des individus du même sexe.

Je rentre chez moi à pied. J’ai besoin de me détendre aujourd’hui.

Pourtant, je me presse.

Presque inconsciemment.

Comme si je voulais fuir.

Plutôt que d’emprunter le raccourci menant à l’immeuble sobre qui me sert de logement, je me dirige vers le quartier de Miraflores. Je passe devant de charmantes petites demeures aux murs jaunes et aux jardins touffus, cloisonnées derrière de hauts portails, puis devant de grands immeubles d’un blanc terne, beaucoup moins typiques. J’atteins rapidement la volée de marches qui me permet de descendre en bord de mer.

Quelques surfeurs.

Quelques touristes.

Je lève les yeux sur le phare. Il m’apparaît telle une bouée de sauvetage à laquelle m’accrocher. Et j’ai besoin de m’accrocher. À n’importe quoi. Surtout depuis que tu n’es plus là.

Je quitte mes chaussures, le temps de tremper mes pieds dans l’eau. La plage de galets n’est pas agréable, mais j’ai perdu l’habitude des choses agréables. Depuis longtemps. Je me sens comme un déchet. Rejeté. Comme le sac en plastique que j’aperçois plus loin.

L’eau me lèche les orteils. Je m’enfonce un peu plus loin. Le bas de mon pantalon est désormais mouillé, mais qu’importe. Mes jambes tremblent. Pas parce que l’eau est froide, mais plutôt parce que je frissonne. Mon corps se tend tout à coup. Je sens encore tes bras glisser autour de ma taille, ton souffle contre ma nuque. Instinctivement, je ferme les yeux. Je te sens contre moi.

Je me retourne. Il n’y a que la route. Une longue et large route à l’américaine. Les taxis jaunes se mêlent à quelques camions.

Tu n’es pas là.

Moi je suis là, mais pas toi.

Comme d’habitude.

Je ne m’en remettrai sans doute jamais.

Je lève les yeux sur le phare. Une âme erre le long de la barrière, ses longs cheveux bruns flottant au vent. Je replonge mon regard dans l’océan. Je préférerais y plonger mon corps entier, me laisser bercer par les vagues et dévorer par une houle fougueuse, avide de me guider dans ses profondeurs aussi noires qu’inconnues. Mais il n’y a pas beaucoup de vagues aujourd’hui. Encore moins sur le rivage. Même les surfeurs semblent prêts à jeter l’éponge. Je me contente de les observer un moment avant de rebrousser chemin.

Il y a des jours avec et des jours sans. Je suppose qu’il me faudra un certain temps pour m’acclimater, pour me remettre à vivre normalement, comme avant. C’est long, mais j’y crois plus que tout au monde. Je crois en ma renaissance. Je crois en la beauté de la vie.

Le bus passe juste devant moi. Tant pis, je rentrerai à pied. Si j’ai survécu à une telle rupture, je dois bien pouvoir survivre à quinze minutes de marche.

Je n’ai rien à faire de mieux chez moi, mais je serai à l’abri.

Dans mon cocon.

Protégé.

 

Référence

Auteur Mayday MC
Format Semi-Broché 127*178
Pagination 266 pages
ISBN 97823752104635