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« Copycat » souffle sa première bougie !

Le thriller de Johanna Lynn fête aujourd’hui sa première année. Mystère, suspens, tueur psychopathe, un héros atypique, tous les éléments sont réunis pour vous donner le grand frisson !

Nous vous proposons aujourd’hui d’en découvrir le premier chapitre.

 

***

1 : Un cri court dans la nuit

Encore une tombe à fleurir,
Un ange part dans un dernier soupir.
Un fait divers dans une ruelle,
Un cri court, personne n’entend l’appel.

I Am, Un cri court dans la nuit

Quand il se fait accoster, l’adolescent est d’abord méfiant, apeuré. Il comprend rapidement ce que l’homme lui veut, et à ce moment-là, il sent monter en lui une pulsion primaire, comme une voix assourdissante qui lui hurlerait dans l’oreille : « COURS ! ». Puis il se souvient que même s’il essayait, ses jambes ne le porteraient pas bien loin, et sans doute pas assez vite pour échapper à qui que ce soit. Il est trop faible. Il est exténué, transi et mort de faim. Il n’a rien mangé depuis deux jours, et ça fait une semaine qu’il est à la rue.

Une semaine depuis qu’il a fugué. Il regrette.

Il a pris le bus pour venir ici, c’était le plus long trajet qu’il pouvait se payer, mais ça aurait pu être n’importe où ailleurs. Un aller simple. Il regrette.

Il n’avait pas réfléchi aux conséquences, mais maintenant c’est trop tard. Il est trop loin, il ne connaît personne, il n’a pas de téléphone portable ni d’argent. Il a même perdu ses papiers, alors il n’ose pas aller demander de l’aide à la police parce qu’il a peur de se faire arrêter pour vagabondage. Et Dieu lui en soit témoin, comme il regrette.

Il veut rentrer chez lui.

Il est seul, il a faim, froid, il est épuisé, et une petite voix lui dit que s’il le fait, rien que cette fois, juste une fois, il pourra rentrer. Il a quelque chose qui a de la valeur, qu’il peut vendre assez cher pour payer le trajet du retour, et il pourra rejoindre la maison, sa chambre, ses parents. Ils lui manquent tellement… Il ne se souvient même plus de la raison exacte pour laquelle il est parti. Il se souvient seulement que c’étaient des broutilles.

Il se redresse et lève le menton dans une attitude qui ressemble à du défi. En fait, il fait ça pour empêcher ses yeux de déborder. Il n’arrive pas à croire qu’il va dire ça, il n’arrive pas à croire que c’est réel, et c’est probablement pour ça qu’il y parvient – parce qu’il a l’impression d’avoir une hallucination. Alors il entend sa voix dire au mec que ça lui coûtera cher, s’il le veut, parce qu’il est vierge. On dirait que c’est quelqu’un d’autre qui a parlé. Il n’a que dix-sept ans, il ne sait même pas s’il est homo ou hétéro, il n’est encore sûr de rien. Mais voilà à quoi se réduisent désormais ses perspectives de première fois, parce que même si ce type-là ne décide pas de l’acheter, quelqu’un d’autre le fera. Il le sait. Il veut juste rentrer chez lui.

Malgré sa honte et sa révolte, il espère que ça va être ce mec-ci. Il n’a rien de particulier, mais il est courtois. Il est plutôt grand, athlétique, avec de larges épaules, une belle voix grave et un capuchon rabattu sur ses yeux et son front, mais surtout, avec lui, la moitié du chemin est déjà faite. L’adolescent pense que même si sa vie en dépendait, il serait incapable de racoler quelqu’un. Rien que l’idée lui donne la nausée.

Mais le type en face sourit en entendant ses paroles. Il n’a pas l’air méchant. Il énonce un prix qui laisse le gamin comme deux ronds de flan. Avec ça, il pourrait prendre une chambre d’hôtel quelques jours, le temps de se remettre sur pied pour avoir meilleure mine face à ses parents quand il les reverrait, et payer son retour.

Alors il fait taire toutes les voix qui hurlent dans sa tête – sa pudeur, sa morale, son innocence, l’enfant qui est encore là, pas très loin, et puis sa peur, son instinct de survie, son bon sens – en se disant que si ça tourne mal, il n’aura qu’à filer à l’anglaise. Il accepte de suivre l’homme jusqu’à son appartement et monte dans sa voiture.

Sur le trajet, celui-ci se montre gentil, attentif. Il parle avec lui, il lui demande ce qu’il faisait dehors à cette heure. L’adolescent se laisse aller à discuter, et lui raconte qu’il a fait une fugue. En fait, il vient d’un autre État, et il veut rentrer chez lui.

Son « client » compatit, sans quitter la route des yeux. Par la suite, ils roulent en silence.

Arrivés sur place, l’homme le fait asseoir dans le canapé de son salon, avant de disparaître dans la cuisine. Le garçon reste là à regarder autour de lui, la gorge serrée d’angoisse. Son esprit tourne à la vitesse de la lumière. Il se demande ce qui va se passer et en même temps, il voudrait ne pas y penser, ne pas le savoir, jamais. Pourtant, il imagine, c’est plus fort que lui, et les images lui mettent les tripes à l’envers. Il espère juste une chose, c’est que l’autre n’attende pas de lui qu’il fasse quoi que ce soit mis à part se coucher et rester immobile. Il serait incapable d’en faire plus.

Le type revient avec deux verres contenant chacun une dose de liquide ambré – du whisky, probablement. Ça pue, et il ne boit pas d’alcool d’habitude, mais il se force à le descendre cul-sec en espérant que ça calme sa nausée. Étonnamment, ça s’avère efficace. Le liquide est âpre et amer, il lui brûle la bouche, la gorge et l’estomac, mais une chaleur agréable se répand dans tout son corps. Ses muscles se relaxent, ses genoux se transforment en gelée. L’homme pose une main sur sa jambe, et il ne frémit même pas. Il se sent bien.

Puis d’un seul coup, ça ne va plus. Il se rend compte qu’il ne peut plus bouger. Son corps pèse trop lourd. Ses paupières aussi, il lutte pour qu’elles ne se ferment pas. Il réalise qu’il est presque complètement nu alors qu’il n’a même remarqué qu’on le déshabillait. Mais ça ne l’atteint pas vraiment. Il s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres, jusque-là finir par sombrer complètement dans l’inconscience sur cette dernière pensée :

Je veux juste rentrer chez moi…

Quelques nuits plus tard, deux ombres se séparent dans une ruelle du quartier chaud. L’une d’entre elles s’éloigne et rejoint la rue pendant que l’autre se remet debout. La silhouette qui reste dans la ruelle crache quelque chose sur le sol et s’adosse au mur un instant, comme pour reprendre son souffle. Ce faisant, son regard se pose sur un empilement de détritus qui débordent d’une benne à ordures. Un empilement avec une forme bizarre. Ce truc qui pend, là, sur le côté, on dirait presque une main humaine. Alors l’ombre s’approche pour regarder.

Un cri court dans la nuit.

***

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